Le Détroit de Gibraltar est un obstacle physique qui sépare deux grands continents, l'Europe et l'Afrique. Cette réalité géographique complexe nous a donné pendant des siècles le sentiment de faire partie de deux mondes éloignés.
Quand un homme voit un fleuve il veut le traverser. Quand un homme voit une montagne il veut l'escalader et placé face à l'abîme, il regarde droit devant. Pour arriver jusqu'à l'autre côté, il fallait trouver le chemin, ou le bâtir.
Le 16 juin 1979, leurs majestés les rois Hassan II du Maroc et Juan Carlos Ier d'Espagne reconnurent leur mutelle volonté de promouvoir la création d'une liaison fixe qui développerait des liens entre l'Afrique et l'Europe, engagement maintenu aujourd'hui par le roi du Maroc Mohamed VI.
Les gouvernements d'Espagne et du Maroc signèrent un accord de coopération et créèrent en 1980 un comité mixte qui approuve le plan de travail à suivre : SNED au Maroc et SECEG en Espagne seront les sociétés en charge de l'exécution des études.
Les travaux se sont concentrés dans la recherche de solutions techniques, certaines d'entre elles étant inédites.
42 campagnes marines et des forages profonds et trois ouvrages expérimentaux à Maladata,
Bolonia, Tanger et Tarifa ont permis de mieux connaître la géologie spécifique du projet.
En 1996, c'est la solution tunnel qui a été retenue comme solution de base du projet écartant ainsi la solution pont.
Un tunnel ferroviaire creusé sous le fond marin fonctionnellement similaire au tunnel sous la Manche mais avec une complexité géologique qui en fait un défi sans précédent dans la construction de grandes infrastructures.
Nous faisons face à un défi historique de l'ingénérie. Le couloir du Détroit entre Cap Cires et Punta Canales, avec 14 kilomètres de longueur entre rives et jusqu'à 900 mètres de profondeur présente la route la plus courte entre l'Afrique et l'Europe. Cependant l'endroit qui rassemble le mieux les paramètres de distance et de profondeur est celui qui s'étale entre Punta Paloma et Cap Malabata, le seuil du Détroit.
C'est la solution la plus avantageuse, pour les raisons suivantes : moindre coût, moindre impact environnemental, meilleure sécurité et non interférence avec la navigation du Détroit, possibilité d'extension en fonction de la demande.
Aujourd'hui, des entreprises internationales travaillent à l'actualisation de l'étude de l'avant-projet primaire, à l'impact environnemental et à la prévision de la demande de trafic.
Avec la conclusion de ces travaux, on franchira un nouveau pas vers le rêve de bâtir un tunnel Europe-Afrique dans le Détroit de Gibraltar : un tunnel ferroviaire comprenant un tube bidirectionnel et sa galerie de service; un tunnel qui permettra d'atteindre une vitesse maximale de 120 kilomètres heure pour les navettes, trains ordinaires et trains à grande vitesse.
Lors de sa première phase, le tunnel bidirectionnel aura une capacité de transport annuelle prévue pour 2025 de 16 millions de passagers et de deux millions de véhicules. La possibilité d'accroissement en phase bi-tube pourrait tripler ces chiffres.
L'Afrique a déjà commencé à étendre ses voies terrestres pour parvenir à relier tous ses pays à la Méditerranée. En même temps, l'Europe développe ses corridors vers ses détroits. Tous ces grands travaux resteraient inachevés sans le maillon qui les unirait. Le tunnel du Détroit de Gibraltar sera le coeur du système qui reliera l'Europe et l'Afrique. La liaison fixe du Détroit se trouvera au centre du système d'échange euro-africain, réduira considérablement la durée du trajet et répondra aux besoins de développement sociaux-économiques des deux continents.
Le Détroit de Gibraltar a été pendant des siècles le centre névralgique de la relation Nord-Sud et le rêve de le voir devenir le trait d'union entre deux continents n'est plus une utopie.
Les deux rives de la Méditerranée auront un essor dans l'augmentation des flux de biens et de personnes, les échanges commerciaux, de main d'oeuvre et de services, tourisme de proximité entre autres, qui se traduiront par le renforcement de l'intégration sociale et culturelle, complétant leurs économies et les rendant plus concurrentielles.
La réalisation de ce projet montrera que l'Europe et l'Afrique cherchent un avenir commun. Le développement économique et social seront le garant de la paix et de la stabilité. Deux continents qui presque se touchent, pourront enfin s'embrasser.